09 novembre 2008
Salon du chocolat
L'automne tombe feuille à feuille sur les trottoirs glissants alors que le vent fraîchit sous le ciel lourd et sombre de novembre. L'emblème de cette saison est une couleur, le marron, décliné depuis l'orange flamboyant jusqu'à l'ébène des arbres dont l'écorce nue se propose aux passants. L'automne, un arc en ciel monochrome en camaïeu de bruns enflammés et de braises noircissantes qui tous les ans arbore ses tenues éphémères aux reflets chocolat. Lequel, en prémisse à Noël, se met dans tous ses états au Salon qui lui est consacré. L'oeuvre est d'art, le chocolat sous la presse gonfle ses tablettes et l'Artiste, sculpteur chocolatier, imagine un monde onirique qui séduit tout autant les papilles que les pupilles. La création est sans limite et tout est ravissement, émerveillement de saveurs et senteurs mélangées. Petits choux, bijoux...à genoux devant ces perles noires et cirées ou cette exposition de lutins métaphoriques comme bondissant d'une bande dessinée. 
Ils viennent de toute la planète pour raviver notre mémoire d'enfant sage, qui espère sa récompense...Tout ici est plaisir, volupté des sens exacerbés par l'abondance des tentations. Tour à tour c'est le défilé de robes sucrées qui enchantent l'âme puis l'expertise d'un Maître japonais aux prises avec la décoration millimétrée d'une bouchée suave ou encore l'attendrissant apprentissage d'un garçonnet coulant son premier moule d'ours en chocolat blanc. On va, on vient, sans but précis autre que celui de musarder entre les rangs de bouchées et de humer sans jamais s'écoeurer les effluves de cacao amer et sucré.
Un moment de bonheur que l'on voudrait prolonger sûrement parce qu'il touche à ce qu'il y a chez l'homme d'intemporel et d'universel. Venue du plus profond des âges et des forêts, la fève brune et amère, sous la main de l'homme, se fait douceur et suavité. Et sous notre palais un conte de fées, des pépites fondantes se laissent couler, un arôme pulpeux se diffuse goutte à goutte et nous dépose anéanti au pied de l'écriteau : SORTIE.
Catel
14 octobre 2008
Il était une voix
La voix ne se voit pas mais c'est la voie à suivre pour rencontrer l'Autre. Indicible, elle s'exprime par le son et s'habille de mots ou de notes musicales, parfois même des deux simultanément. C'est alors que le poème se fait chant et que la prose trouble de lyrisme les bulles du temps. Quand elle se propage, la voix matérialise l'espace qui se fend là où elle passe. Pour autant de paroles diffusées au vent, une multitude d'images se superposent à elles et la voix prend des couleurs et des formes tels une étoffe, un nuage vaporeux, une goutte persistante. On la dit soyeuse, la devine éraillée, rauque et profonde. Elle pénètre notre âme allant de l'invisible à l'impalpable créant une émotion fatalement hypnotique. Une voix qui transcende, émeut les tréfonds, une voix qui fouille l'inconscient et submerge les sensations, une voix comme une caresse ... rend amoureux et dépendant. Les mouvements de l'âme bercés par son rythme et posés sur sa partition...La voix chavire et tout n'est que frissons, émotions.
Catel
29 août 2008
retour de mer
A la mer qui s'étend et qui palpe le sable j'ai donné cet élan;
J'ai écrit dans le sable
Des mots qu'il a bus
J'ai écrit dans le vent
Des mots suspendus
J'ai écrit dans le temps
Des mots éperdus
J'ai écrit
que je t'aime
Et le soleil l'a cru.
J'étais seule et perdue
Où es-tu? où es tu?
21 juillet 2008
Vaquer
Le blog dort longtemps et se lève tard. L'écritoire a levé l'encre de son porte plume et sous le vent frais venant d'Islande laisse l'inspiration pénétrer l'antre de sa mémoire. La mer a des plis sous lesquels l'eau calme du rivage se repose. Le blog se délasse envahi par les alluvions du passé qui n'est plus, il rêve d'un demain empli de pages blanches et de filets noirs tracés aisément au fil d'une histoire. La Bretagne aux dents longues et acérées octroie à ses rêves toutes les possibilités, les affabulations et les espérances informulées.
Le droit à la paresse ! quelle curiosité ! aller là et aussi lentement que vos pas vous conduisent, en alerte au moindre mouvement à la plus fine brise c'est prêter, autrement, attention au monde. Les aguets de nos sens et l'immobile densité de nos perceptions sont à l'opposé de l'ennui et de l'abandon. Seulement l'acuité n'est pas dans l'agitation; il suffit d'observer un félin sous le pin parasol ou la mouette hypnotisée par la vague qui tangue pour comprendre qu'avoir l'air de "rien faire", c'est en réalité, engranger beaucoup. Le blog se fait promesse de tout restituer.
En attendant, il vaque et caracole sur les flots.
Catel
03 juillet 2008
Pudeur et bonheur
"Il est important que je dédie ces lignes à ceux qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l'eau, qui ne me laissent pas couler dans l'oubli, le néant et le désespoir.
Ce que vous avez accompli pour nous fait toute la différence : nous nous sommes sentis des êtres humains".
Ingrid Betancourt in "Lettres à maman par de-là l'enfer" Seuil page 22
Ingrid libre
07 avril 2008
Intemporelle
1975 et toujours magnifique ! "
Il voyage en solitaire
Il voyage en solitaire
Et nul ne l'oblige à se taire.
Il chante la terre.
Il chante la terre
Et c'est une vie sans mystère
Qui se passe de commentaires.
Pendant des journées entières,
Il chante la terre.
Mais il est seul.
Un jour,
L'amour
L'a quitté, s'en est allé
Faire un tour de l'autre côté
D'une ville où y'avait pas de place
Pour se garer.
Il reste le seul volontaire ........
Gérard Manset
03 avril 2008
Un concept
En villégiature dans une réputée station balnéaire (balnéaire voulant dire "breton" :-), ce qui d'emblée me fait perdre tous les lecteurs du bassin méditerranéen...) et l'envie irrépressible de se sustenter nous font pénétrer l'antre du premier crêpier. L'air, mélange de sucre, d'algues et de caramel distille largement les effluves du beurre doré, en osmose avec la poudre de cacao fondant ou la pulpe d'un citron se chiffonnant le zeste. Rhum, chantilly, glace à la vanille de Bourbon, flammes léchantes au bord de la dentelle craquelée, alchimie divine d'une pâte incertaine qui au feu du soleil brûlant bronze de toute sa chair et fume de tous ses parfums.
On s'attable, met sa serviette et salive devant le plateau glissé devant soi. On s'apprête à tailler dans le vif, l'oeil rivé au rectangle odorant, la main à tâtons en quête de couverts que le serveur écervelé vient d'oublier. Écervelé, oui, car une crêpe ne souffre aucun retard d'organisation. De brûlante elle devient tiède en quelques secondes d'inattention. Et alors ? Rien, il ne reste plus rien, ni saveur, ni moelleux, ni craquant; plus qu'une chiffe molle et écoeurante. A la perspective de ce désastre on s'énerve et quémande intempestivement les outils de vivisection. Étonné l'escogriffe au tablier blanc vous lance qu'il n' y a, ici, pas de couverts, ni fourchette, ni couteau. C'est le concept !
Parant au plus pressé on empoigne la crêpe, laissant attendre trois minutes notre réaction. Juste celles de savourer "avec les doigts" l'objet du délice, de fermer les yeux pour mieux s'enfermer, en soi, et de préparer son allocution....Dernière bouchée avalée on hésite entre rire ou pleurer. "Un concept" que de manger avec ses mains! petit malin. Il paraît que l'homme de Neandertal y avait pensé !!! Et voilà comment on réinvente l'eau froide et que l'idée la plus élémentaire de l'humanité fait recette et séduit même les plus candides qui trouvent cela d'une folle originalité....Mais peut-être n'ont-ils jamais dégusté de sandwiches, ou de big mac ? A cela près que ni l'un ni l'autre ne dégoulinent et ne transpirent le gras en fusion.
Il fallait y penser, pas de couvert : une innovation voire une révolution ! Mais j'allais oublier l'essentiel, l'addition est portion congrue et la dégustation bien qu'inattendue parfaitement paradisiaque.
Catel
29 février 2008
chanson/poème
"Ah que la vie est belle !
Des roses de cristal
Crissent et s'amollissent.
Mon amour sans rival
Murmure des délices.
Il prend ma taille ronde
Et ronronne sur elle.
Pour jouer, je lui gronde
Des menaces cruelles.
L'opéra vermeil
S'échappant du laser
Emplit l'air de soleil
Et d'ombres passagères.
Ah, que la vie est belle.
Soudain, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.
Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle,
Dans le mal et le bien.
On marche dans l'hiver
Brillant comme une abeille,
Brillant comme un éclair
Qui dure et émerveille.
La joie vous souffle au coeur.
On chérit l'univers
Comme un enfant de choeur
Son dieu d'éther et de chair.
Loin des bombes et des balles,
Goulu comme un bébé,
Sensuel on inhale
La fumée adorée.
Ah, que la vie est belle.
Soudaine, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.
Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle,
Dans le mal et le bien.
Sans rien chercher, je trouve,
Au détour d'un instant,
Une euphorie de louve,
Un amour de Satan.
Après de sombres heures,
Plus doux sont ces moments
Où l'on crie de bonheur
Comme un petit enfant.
Encore les baisers,
Vie secrète et changeante,
Je saurai te donner
Mon âme si méchante.
Ah, que la vie est belle.
Soudain, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.
Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle
Dans le mal et le bien"
Brigitte Fontaine






