L'illusion d'optique offerte par l'immortalité engendre cependant les plus pures créations mues par le désir de transcender la mort. Qu'adviendrait-il des plus belles pages d'un Cioran, écrites sous l'impulsion d'une fin imminente; Au fond de quel pot de peinture se noieraient les visions d'un Dali; Où reposerait la pierre sublime que Rodin a libéré pour que surgisse un Balzac flamboyant et précisément immortel ? S'il ne s'était agi pour chacun d'eux (et tous les autres) de survivre à soi-même par la trace immuable de son inspiration... Le monde, appauvri de ces célébrations, n'aurait su trouver l'espoir, celui qui réside dans l'inspiration venue d'un ailleurs, qui y retourne aussi malicieusement que mystérieusement saupoudrant de sa magie l'instant présent. Là le doigt de l'éternité s'est peut être exprimé. Cependant, l'artiste n'en devient pas pour autant immortel, sa création en a seule quelque chance, et peut être son nom, auquel il sera associé par souci de rangement et de classification.

De la même manière, sans doute, seuls nos actes résonnent dans l'infini puits du temps et c'est déraison que de prétendre s'y retrouver. Nous avons été à un moment cet immortel quand nous nous sommes unis à l'action. Il serait sage et bon de bien vouloir s'en contenter.

Catel

Balzac