Cesare_PaveseCesare Pavese

Parfois l'âme errante je m'en remets au hasard, à moins que celui là ne soit en fait que coïncidence ou rencontre fortuite...C'est donc autant pour le provoquer que pour le destituer qu'en fermant les yeux j'extorque de l'étagère un de ces petits soldats, debout et dormant à pages fermées. Comme l'on tire les cartes d'un tarot ou l'on jette en l'air la pièce de monnaie je palpe la tranche du livre, sans savoir qui il est, d'où il vient, je feuillette les pages qui glissent sous mes doigts et ouvre brutalement, parcequ'il faut bien se décider. Alors je m'octroie le droit de regarder : "Le métier de vivre" 8 novembre 1938...............Cesare Pavese 1908 - 1950

"On ne peut connaître son propre style et l'utiliser. On utlise toujours un style pré-existant, mais d'une façon instinctive qui en forme un autre qui est actuel. On ne connaît son style présent que quand il est passé et définitif et que l'on se retourne pour l'examiner en l'interprétant, c'est à dire en se rendant compte comment il est fait. Ce que nous sommes en train d'écrire est toujours aveugle.....Ecrire c'est consommer ses mauvais styles en les utilisant. Revenir sur ce qui est déja écrit est dangereux, des choses différentes peuvent se juxtaposer....Le jour viendra où nous aurons mis en lumière tout notre mystère et alors nous ne saurons plus écrire, c'est à dire inventer un style".

Ainsi défier l'inconnu ou ce que d'aucuns nomment le hasard c'est pour moi à chaque fois faire la preuve de son paradoxe. Pourquoi cet auteur , à cet instant, ? Juste celui où je doutais de l'utilité d'écrire ! Quelle curiosité que d'interpeller, donc de faire naître, ce en quoi on ne croit pas pour en démontrer l'inexistence...Vérification par l'absurde d'une réponse apportée malgré soi à un moment d'interrogation personnelle. Confirmation intime de ma conviction profonde qui voit dans toutes choses des liens invisibles, nécessaires à la cohésion du monde.

Catel