L'Ecritoire

Pour l'amour du mot, de la pensée juste et de la syntaxe flamboyante, je trace la lettre dans le mou du temps. La voyelle consonne et l'infini prend forme.

21 octobre 2008

La Perfectibilité

"Belle éthique esthétique, mais que guette un bien aride perfectionnisme...?"

commentaire de Clarinesse à propos de la citation de St Exupery du 28 septembre 08

En préambule à cette tentative de réponse, il me semble que pour s'approprier cette pensée (et non pour en débattre philosophiquement) il faut adhérer au postulat de perfectibilité. Ce qui ne va pas de soi au regard du piétinement de l'humanité concernant les violences, les fanatismes et autres réjouissances en tous genres. Mais pour qui, et de nature optimiste, le monde se regarde par l'ensemble de ses progrès, la nature a doté le genre humain d'un atout particulier : la possibilité de s'améliorer. Et c'est en cela qu'il est supposé contribuer à l'amélioration de son environnement.

Rousseau en parla fort bien quand il exposa sa théorie qui situe le perfectionnement comme étant la distinction première entre l'animal et l'homme. Le premier est et restera jusqu'à sa mort semblable à lui-même tandis que le second en constante évolution pourra (car rien n'est assuré, il doit le vouloir) sublimer son être et dépasser ses limites.

Clarinesse a raison, le travail de perfectionnement est certainement très aride d'autant plus que le but parait s'éloigner au fur et à meure qu'on avance. Encore que nous ne devions pas confondre perfectibilité et perfectionnisme ! Mais ce n'est pas la finalité, en tant que telle, que vise le travailleur laborieux, non il n'a ni assez d'orgueil ni assez de présomption pour prétendre atteindre la perfection ! C'est chaque jour, remettant sa tache sur le chantier qu'il s'offre la joie d'y voir les marques de progression. Se perfectionner c'est peut être s'assurer de conquérir et non de guetter un peu de bonheur et de satisfaction. Lesquels n'auraient aucun sens s'ils n'étaient faits pour être partagés.

Catel


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20 octobre 2008

A propos d'immortel

L'illusion d'optique offerte par l'immortalité engendre cependant les plus pures créations mues par le désir de transcender la mort. Qu'adviendrait-il des plus belles pages d'un Cioran, écrites sous l'impulsion d'une fin imminente; Au fond de quel pot de peinture se noieraient les visions d'un Dali; Où reposerait la pierre sublime que Rodin a libéré pour que surgisse un Balzac flamboyant et précisément immortel ? S'il ne s'était agi pour chacun d'eux (et tous les autres) de survivre à soi-même par la trace immuable de son inspiration... Le monde, appauvri de ces célébrations, n'aurait su trouver l'espoir, celui qui réside dans l'inspiration venue d'un ailleurs, qui y retourne aussi malicieusement que mystérieusement saupoudrant de sa magie l'instant présent. Là le doigt de l'éternité s'est peut être exprimé. Cependant, l'artiste n'en devient pas pour autant immortel, sa création en a seule quelque chance, et peut être son nom, auquel il sera associé par souci de rangement et de classification.

De la même manière, sans doute, seuls nos actes résonnent dans l'infini puits du temps et c'est déraison que de prétendre s'y retrouver. Nous avons été à un moment cet immortel quand nous nous sommes unis à l'action. Il serait sage et bon de bien vouloir s'en contenter.

Catel

Balzac


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28 mai 2008

Blogueur sachant bloguer

C'est un univers qu'on pénètre presque par effraction. Mu par l'envie, le besoin de rendre accessible notre verve en prose ou en rimes aux congénères qui ont le malheur de ne pas nous connaître. La première personne à qui cela s'adresse c'est Soi et au début on se lit, se relit et se saoule du plaisir "d'être sur la toile". Cela passe très vite car on manque de temps puis quelques éclairs de lucidité plus tard on se dit que tout cela n'a rien de bien transcendant. Conviction renforcée par l'effet de la curiosité nous ayant conduit à regarder d'autres blogs "littéraires". Cela pourrait même aller jusqu'à fermer le sien pris tout à coup par le doute et l'humilité.

Puis des visiteurs entrent sans frapper, normal c'est opération "Porte ouverte" jour et nuit et les plus audacieux laissent un commentaire. Les amis sont les premiers à s'essayer à l'art du compliment lapidaire suivis petit à petit par des noms inconnus et intriguants. Le Pseudo c'est l'emblème et la règle d'or du bloggeur. En se baptisant c'est à l'autre en soi même qu'on donne la parole et qu'on permet d'exister. A partir de là nous rencontrons un monde où les codes tacites sont ceux dont tout un chacun rêve dans la vie dite "réelle". Le passage des uns et des autres sur vos pensées reste invariablement amical et tolérant. Très souvent il est empreint de gaieté et d'humour et surtout, surtout, d'un très grand respect envers votre travail qu'il sait être aussi passionné que le sien et face aux affres de la création dans les mêmes incertitudes que celles qui le mangent ...De surcroît la courtoisie mène les échanges, contrôlés par les statistiques que l'on continue d'observer régulièrement. Oui un commentaire posté engendre systématiquement, tôt ou tard, la visite du destinataire sur le blog du messager. Et là c'est l'ultime bonheur, la récompense qui vous sauve de la solitude suicidaire et lui, votre lecteur, vaut tous ceux de la terre réunie car il est là, vous a lu, et vous a dit combien il est touché ! Ce n'est pas tant votre écriture qui est saluée ni le partage d'une pensée qui vous transporte aux nues c'est ...l'impression que grâce à l'autre quelque chose de vous va perdurer.

Ainsi se trâme une chaîne invisible de complicités où la rencontre reste virtuelle mais pas l'amitié.

Merci à tous les lecteurs et aux nombreux blogueurs avec lesquels je partage le plaisir d'écrire et de lire.

Catel Sceau1                                                                                                                                                                           


                                                                                                                                                

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10 mai 2008

Deux jours à tuer

A la fin de ce film (dont on ne doit pas dévoiler l'épilogue) une chanson balaye le spectateur dubitatif. La voix de Serge Reggiani, dans le noir d'une salle ordinaire et autour d'un générique qui défile comme la vie dont elle parle, nous cloue d'émotion sur un siège qu'on tarde à quitter...Les paroles sont simples comme souvent le sont les pensées profondes mais plus que le texte lui-même, nous saluons la subtilité du choix qui a voulu poser ces mots sur des acteurs habités et en osmose parfaite avec l'amertume de cette fin tragique. Malgré une deuxième moitié de film un peu longue et languissante, aucune fausse note dans ce drame qui s'adresse plus au coeur qu'à l'intelligence....

Catel

Le temps qui reste

Paroles: Jean-Lou Dabadie. Musique: Alain Goraguer   2002  ""Autour de Serge Reggiani""

Combien de temps...                                                                                           deuxjoursatuer
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?

Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...

J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?


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06 mai 2008

Le soleil des Scorta

Evidemment, être édité chez Acte Sud ne peut être qu'un heureux présage alors que décrocher le prix Goncourt !....vous précipite tout à coup sur les rives du doute, qui sera compensé il est vrai, par un tirage exceptionnel et une revue de presse non moins conséquente. C'est donc sans conviction mais avec un apriori positif, on a lu "la mort du roi Tsongor" quand même... qu'on entame les premières pages, d'un auteur édité par qui on a dit et ayant reçu l'honorable distinction, où se nous l'Histoire d'une dynastie : les Scorta.

Scorta

Pas d'effet de manche, pas de courtoisie envers une dialectique originale ni de vocabulaire abscons puisé dans le répertoire savant d'Encarta. Non, une langue simplissime, souple et imagée où l'on perçoit des couleurs et des sons dessinnant  par leur précision un pays que l'on ne connaît pas mais qui nous devient familier. Des caractères et une authenticité sont la toile de fond d'un récit qui ne se laisse pas abandonner vous renvoyant inopinément aux personnages taillés dans la pierre, moulés dans le vent du sud de l'Italie. Cette famille maudite vous renvoie au Destin et à l'idée qu'on se fait, ou pas, de la Fatalité. 

Catel


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02 février 2008

Neige_1

La neige ne tombe pas toujours des nuages, elle peut venir d'un souvenir dans lequel une myriade d'images se déposent. Celles d'une femme belle et pure exhumée d'un cercueil de glace. Une silhouette aussi ténue que le fil duquel elle chuta, Neige funambule, parsème ce petit texte de ses cristaux brillants et givrés. Est-elle un songe ? L'auteur nous l'offre au bout de ses doigts comme un petit flocon prêt à se diluer dans l'infini du temps.

"C'est dans le noir le plus profond que Soseki a peint la blancheur, a découvert la pureté. Ensuite il a découvert que la vraie lumière, que les vraies couleurs demeurent à jamais intrinsèquement liées à la beauté de l'âme. Il a cultivé à partir du visage d'une femme disparue, l'art absolu. Et il a maîtrisé la lumière et ses nuances à partir de l'absence totale de lumière. Du néant il a extirpé la quintessence de l'art".

Maxence Fermine "Neige" - page 75 -

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18 janvier 2008

Emily

Emily Dickinson

"L'espérance est un petit oiseau

qui se perche sur notre âme

et qui chante une chanson sans paroles

sans jamais se lasser"

Considérée aujourd’hui comme l’un des plus grands poètes américains, Emily Dickinson n’eut pas droit à la reconnaissance littéraire de son vivant. Le temps de sa vie fut consacré à l'écriture (1775 poèmes) et à la lecture. Elle est elle même un personnage complexe et romanesque dont Christian Bobin s'est emparée dans son dernier ouvrage : "La Dame Blanche"

               DICKINSON                                                            dame

                                                                                                         bobin

"Il n'y a pas de plus grande joie que de connaître quelqu'un qui voit le même monde que nous. C'est comme apprendre que l'on n'était pas fou."

C Bobin "la Dame Blanche" - page 104


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20 décembre 2007

Jade

Jade1 "Jade et les sacrés mystères de la vie"  par François Garagnon

                                                                                                                             (Editions Monte-Cristo)

Entre conte pour endormir les enfants et songe pour réveiller les adultes ce petit texte de cent dix pages nous emporte au 7ème ciel. Jade est une petite fille et une grande âme, la candeur de l'innocence faite Sagesse ancestrale. Son parler franc, souvent drôle, souligne des évidences qu'on ne remarque plus. Alors elle saute par dessus les préjugés et en regardant de près ce qui fait l'apparence de la vie elle voit par delà les montagnes, nous entraîne dans son sillon de gaieté et d'émerveillement... "Il faut être amoureux fou de la vie! il faut oser risquer. Même quand tu crois oser, tu n'oses jamais assez. Dis toi bien que quand on se donne, ce n'est jamais trop, c'est toujours "pas assez". On n'aime jamais trop. On peut se tromper, on peut aimer mal, mais on aime jamais assez. Tu sais  le mal on le fait si bien et le bien on le fait si mal...." Son nom a la couleur de l'espérance, de genre masculin mais porté au féminin il coule comme l'eau d'une rivière ...de pierres précieuses dans la bouche d'or d'une gamine lucide. Chrysostome a choisi l'ingénuité et la pureté de l'enfance pour nous inviter à rejoindre la source primordiale qui someille en chacun de nous. C'est par elle que nous aurons quelque chance d'échapper à l'enlisement de notre paresse. Tout est neuf comme au premier jour et Jade le sait.

Catel

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06 décembre 2007

Lorraine, écrivain

Si on la connaissait on aurait tendance à l'appeler Lorraine, par son prénom, tout simplement tant elle ne se prend pas la tête! et pourtant son cursus à de quoi impressionner : médecin, urgentiste dans sa 1ère vie, elle s'offre un deuxième visage à quarante ans et nous distille comme Amélie (en moins médiatisée) un roman, voire deux, chaque année. Elle cumule en quelques dix ans de carrière douze romans et trois prix : le Littré en 1997 pour "De toute Urgence", le prix Anna de Noailles de l'Académie française en 1998 pour "Châteaux en Champagne" et le prix des Maisons de la Presse en 2003 pour "L'Agence".

Beaucoup de ses livres sont édités en format poche; rançon d'un succès légitime. Alors n'hésitez pas, plongez dans l'univers amical des romans de Lorraine dont les protagonistes sont bien souvent des adultes au coeur d'enfant. Il y a du suspense, du rythme et des émotions, le ton est vif, les réparties judicieuses et l'on se prend à ne plus vouloir quitter César et les autres tellement leurs vies sont l'écho de la nôtre. Les histoires de Lorraine, comme un "Club des cinq" qui aurait grandi, nous renvoient à nos rêves de jeunesse quand il était facile de croire qu'il suffit de vouloir pour réaliser....Grâce à elle la magie de ces temps trouve son prolongement dans nos vies bousculées et fatiguées, elle nous ôte à chaque fois en cinq cents pages de lecture les soucis du présent.

Le dernier roman de Lorraine Fouchet : "Place Furstenberg" (Robert Laffont)

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