02 octobre 2008
No comment
Pour qui n'a jamais pris son élan depuis une côte française pour rejoindre d'un coup d'aile l'autre continent, l'Amérique reste le miroir aux alouettes des premiers conquérants ou bien le rêve inaccessible de l'ordinaire quidam dont l'imagination se brise sur les contreforts d'une indépassable réalité.
Et pourtant rien la bas n'est comme les journaux le disent ou comme les photos le laissent entrevoir. Il y a bien une folie de buildings dont on perçoit le sommet au prix d'une sourde douleur cervicale. Il y a bien aussi des taxis jaunes par milliers qui vus du ciel des immeubles sont pareils à des voitures miniatures et télécommandées. Partout bien fidèlement à ce qu'on en dit, les New Yorkais s'agitent entre deux rendez-vous, dans une main l'incontournable breuvage Starbuck et dans l'autre le téléphone relié à l'inconnu qui fait de même, sac à main ou ordinateur portable sur l'épaule...Malgré ces images d'un Epinal nord américain, l'âme de New York se glisse dans ce qui ne se capture pas. C'est pourquoi aucun film ni aucune image ne peuvent restituer la totalité d'une atmosphère dont la technique ne restitue que des morceaux.
Saisir l'air de la mégapole n'arrive qu'à celui qui consent à l'oubli des préjugés et nanti de ses seules baskets musarde au rythme du promeneur curieux et attentif. Ainsi il saura que l'East River gronde d'un peuple mixte et tolérant, cultivé et même expérimental faisant des queues interminables pour découvrir le spectacle qu'aucun critique ne viendra jamais voir. Que Greenwich a cessé de vieillir jouant le conservateur d'un quartier qu'on visite comme un musée. Que Wall Street depuis son double veuvage a perdu en même temps que les tours jumelles ses joueurs d'échecs dans les squares et ses cireurs de chaussures installés au bord des trottoirs. L'amoureux de New York ne rechignera pas à pousser son investigation jusqu'au nord d'un Harlem ayant trouvé ses lettres de noblesse, il imitera les goldens boys au chômage ayant le temps, enfin, de prolonger leur jogging dans Central Park. Et puis il filmera sur son portable les écureuils domestiqués galopant comme des lapins qu'ils ne sont pas entre les flâneurs et les bosquets.
Il y a loin de la coupe aseptisée d'un monde idéal en papier glacé aux lèvres charnues et goûteuses d'une ville palpitante remuée de sirènes stridentes et de rumeur montante emplie du vacarme des souffleries et des millions d'individus qui échangent. New York prend le visage à chaque fois différent de celui qui l'aborde avec bienveillance, New York a le parfum que vous portez en descendant de l'avion, New York c'est votre regard et votre perception c'est donc unique et inénarrable.
Catel




