L'Ecritoire

Pour l'amour du mot, de la pensée juste et de la syntaxe flamboyante, je trace la lettre dans le mou du temps. La voyelle consonne et l'infini prend forme.

28 mai 2008

Blogueur sachant bloguer

C'est un univers qu'on pénètre presque par effraction. Mu par l'envie, le besoin de rendre accessible notre verve en prose ou en rimes aux congénères qui ont le malheur de ne pas nous connaître. La première personne à qui cela s'adresse c'est Soi et au début on se lit, se relit et se saoule du plaisir "d'être sur la toile". Cela passe très vite car on manque de temps puis quelques éclairs de lucidité plus tard on se dit que tout cela n'a rien de bien transcendant. Conviction renforcée par l'effet de la curiosité nous ayant conduit à regarder d'autres blogs "littéraires". Cela pourrait même aller jusqu'à fermer le sien pris tout à coup par le doute et l'humilité.

Puis des visiteurs entrent sans frapper, normal c'est opération "Porte ouverte" jour et nuit et les plus audacieux laissent un commentaire. Les amis sont les premiers à s'essayer à l'art du compliment lapidaire suivis petit à petit par des noms inconnus et intriguants. Le Pseudo c'est l'emblème et la règle d'or du bloggeur. En se baptisant c'est à l'autre en soi même qu'on donne la parole et qu'on permet d'exister. A partir de là nous rencontrons un monde où les codes tacites sont ceux dont tout un chacun rêve dans la vie dite "réelle". Le passage des uns et des autres sur vos pensées reste invariablement amical et tolérant. Très souvent il est empreint de gaieté et d'humour et surtout, surtout, d'un très grand respect envers votre travail qu'il sait être aussi passionné que le sien et face aux affres de la création dans les mêmes incertitudes que celles qui le mangent ...De surcroît la courtoisie mène les échanges, contrôlés par les statistiques que l'on continue d'observer régulièrement. Oui un commentaire posté engendre systématiquement, tôt ou tard, la visite du destinataire sur le blog du messager. Et là c'est l'ultime bonheur, la récompense qui vous sauve de la solitude suicidaire et lui, votre lecteur, vaut tous ceux de la terre réunie car il est là, vous a lu, et vous a dit combien il est touché ! Ce n'est pas tant votre écriture qui est saluée ni le partage d'une pensée qui vous transporte aux nues c'est ...l'impression que grâce à l'autre quelque chose de vous va perdurer.

Ainsi se trâme une chaîne invisible de complicités où la rencontre reste virtuelle mais pas l'amitié.

Merci à tous les lecteurs et aux nombreux blogueurs avec lesquels je partage le plaisir d'écrire et de lire.

Catel Sceau1                                                                                                                                                                           


                                                                                                                                                

Posté par CATEL à 22:26 - En mon humble avis - Commentaires [10] - Permalien [#]


23 mai 2008

Philippe Pollet-Villard

fabrique

Philippe Pollet-Villard, cinéaste heureux et récompensé, en même temps d'un César et d'un Oscar 2008 du court métrage, s'avère manier l'encre aussi bien que la pellicule. "Le Mozart des Pickpockets" partage avec "La fabrique de souvenirs" un ton facétieux comme une étincelle inattendue qui nous relance dans l'histoire, impatient. Son royaume est le mot s'ouvrant selon le principe de la poupée russe sur d'autres et d'autres encore, policés par le courant d'une idée et nous entraînant dans l'univers de l'étrange et de l'inattendu. Laissons-lui la parole :

"Ce que mon père déployait comme génie à inventer, je déployais le même génie à le faire disparaître....Comme souvent les grands phénomènes naturels, le feu semblait réfléchir, agir selon son humeur. Il dormait puis se réveillait subitement. Sursautait, tressaillait. Instable, très instable. A sa façon de respirer bruyamment, ce feu semblait relié au centre de la terre. Et, fait troublant, à son approche et en y prêtant l'oreille on aurait cru reconnaître le son des vagues. Le bruit des rouleaux sur le sable....."

Une écriture bien agréable faite de petites perles qui s'emboîtent et dessinent une mosaïque universelle. Catel


Posté par CATEL à 20:06 - Découvertes - Commentaires [1] - Permalien [#]

19 mai 2008

Big Sur

Pour Luc et la magie de Big Sur ...

et pour tous, le transbordement vers ces somptueuses côtes rocheuses...

_Big_Sur_California2

Posté par CATEL à 23:02 - Découvertes - Commentaires [1] - Permalien [#]

18 mai 2008

Rêve de San Francisco 4


MontereyEt puis ils prirent la route, sur les traces de Jack Kerouac, un matin tôt sous le flot d'une aurore impavide  qui de son oeil glauque donne le courage de s'en aller. La 17 mile drive court le long de l'océan où le regard en frôlant l'horizon voit des côtes bretonnes. Et tout se passe comme si l'on partait sur l'autre versant du monde pour retrouver ce que l'on quitte ! Et pire, pour s'en réjouir ! avec au coeur une bouffée de reconnaissance envers le destin qui nous l'offre et ce paysage qui porte par analogie le souvenir de notre vie. Carmel ne fait qu'encourager leur illusion du moment, celle de se croire en Europe à croiser de riches touristes entrant, sortant d'antiques boutiques qui balancent leur enseigne comme au bon vieux temps et où se disputent aux enchères les toiles des artistes les plus en vus. Le parcours loin d'être initiatique est convenu mais la nature a raison des offres publicitaires, Monterey les invite à l'appel de la forêt et à poursuivre le pèlerinage littéraire que  Jack London ici devrait avoir arpenté. Ils ont pris le large avec les romans noirs tant inspirés par San Francisco leur préférant le miel d'une poésie privée de mots. La route, la falaise, la mer et le vent en écho pour revenir à la fin d'un jour ordinaire vers l'immensité de lumières et d'images cosmopolites. Tout en bas, les larges avenues, les bars aux terrasses enchantées de blues et la vie qui passe comme une fête....Une porte claque aussi métallique qu'une portière et une brise glacée s'engouffre dans la pièce où s'éveille en sursaut, Clarisse éberluée, de son rêve de San Francisco.

Posté par CATEL à 19:50 - Inspirations - Commentaires [1] - Permalien [#]

16 mai 2008

Bobinophiles Bobinophages

Christian Bobin a son espace sur Myspace :

http://www.myspace.com/christianbobin

Un blog où l'échange est inexistant malheureusement (mais l'écrivain n'aurait surement pas le temps de répondre à tous....) On peut cependant avoir la joie et l'honneur d'être accepté "amicalement" et ainsi  de déclarer toutes nos flammes à l'auteur aimé.

"Dieu passe en riant devant la fenêtre du salon, déguisé en petite feuille jaune tourbillonnante."

La présence pure - page 14


Posté par CATEL à 21:30 - Mes auteurs préférés - Commentaires [4] - Permalien [#]

15 mai 2008

Rêve de San Francisco 3

flag_rainbowLeur vie, jusqu'ici et maintenant, avait la rondeur des courbes qui la symbolise. Celle du poids affiché chaque jour sur la balance qui traque les formes. Celle des températures égrenées par l'animateur laconique en mal d'inspiration. Celle des notes des enfants et du patron qui ne met pas de points mais vous regarde ou pas, ce qui en dit long. Rien d'autre que des statistiques synthétiques et réductrices et tous les deux à ferrailler avec l'idée qu'ils s'étaient faits du bonheur. C'est pour cela qu'ils avaient filé "à l'américaine", la Californienne, donnant corps et esprit à ce rêve presqu'usé à force d'avoir été l'antidote des jours gris. Comme posés par la grâce évanescente d'un miracle ou d'un mirage (il y a si peu de l'un à l'autre) ils étaient là semblant y avoir toujours été. Parfois l'étonnement est de l'ordre de l'évidence! Alors ils se taisaient redoutant que l'un des deux aborde le sujet du retour et en défi à la réalité ils noyaient leurs yeux dans les drapeaux de l'arc en ciel. Tous ces rubans aux fenêtres signalant l'étrangeté de la différence disent aussi aux passants, en souvenir de l'emblème dont ils sont issus, "laissez-nous en paix". Bien volontiers, bien volontiers....Et l'après midi coagule son temps, le suspend entre l'écho d'une sirène de ferry boat, le clapotis des vagues dans la baie qui submergent les barges où paissent les phoques et le roulis de la brise fraîche  courant vers le large pour en revenir chargée de sel et de goémon. Sans fatigue et repus de photos arrachées à leurs souvenirs ils échoient sur un banc calme et doré de rayons obliques, au bord d'un lac qui pourrait se prélasser n'importe où dans le monde. Si ce n'était ce dôme et ces quelques séquoias et près de soi des mots qui passent, dont l'accent même dit son appartenance, qu'on les comprenne ou pas. A suivre...

Catel

Exploratorium1    

Posté par CATEL à 21:22 - Inspirations - Commentaires [1] - Permalien [#]

13 mai 2008

JM Maulpoix

Le chant des naufragés

Extrait de poème lui même extrait de "Dans l'Interstice", © J.M.Maulpoix & éd. Fata Morgana, 1991.

Nous sommes les naufragés de la langue

D'un pays l'autre nous allons, accrochés aux bois flottés de nos phrases

Ce sont les restes d'un ancien navire depuis longtemps fracassé

Mais le désir nous point encore, tandis que nous dérivons

De sculpter dans ces planches des statuettes de sirènes aux cheveux bleus

Et de chanter toujours avec ces poumons-là:

Laissez-nous répéter la mer

N'intentez point de procès stupide au grand large

La mer, accrochée à la mer

Tremble et glisse sur la mer

Ses mouvements de jupe, ses coups d'épaules, ses redondances

Et tout ce bleu qui vient à nous sur les grands aplats de la mer

Nous aimons la manière dont s'en va la barque

Se déhanchant d'une vague à l'autre, dansant son émoi de retrouver la mer

Et son curieux bruit de grelot

Quand la musique se déploie sur l'immense partition de la mer

La mer se mêle avec la mer

Mélange ses lacs et ses flaques

Ses idées de mouettes et d'écumes

Ses rêves d'algues et de cormorans

Aux lourds chrysanthèmes bleus du large

Aux myosotis en touffes sur les murs blancs des îles

Aux ecchymoses de l'horizon, aux phares éteints

Aux songes du ciel impénétrable

La mer est un ciel bleu tombé

Voici longtemps déjà que le ciel a perdu ses clefs dans la mer

Sous quels soleils désormais nous perdre?

Sur quelle épaule poser la fièvre de notre tête humide?

Nos rêves sont des pattes d'oiseaux sur le sable

Des fragments d'ongles coupés à deux pas de la mer

Nous brûlons sur la plage des monceaux de cadavres

Puisque tels sont les mots avec leurs os et leurs fumées

.............................................


Posté par CATEL à 16:29 - Mes auteurs préférés - Commentaires [1] - Permalien [#]

12 mai 2008

Rêve de San Francisco 2

San_Francisco_and_his_fogChaque matin, espadrilles aux pieds ils énoncent les sites à visiter, avides comme à feuilleter un catalogue de voyages, ils s'appliquent à ne pas sauter de page. La Transamérica Pyramide, la Coit Tower, la sinueuse Lombard Street....et l'alignement des painted ladies d'Alamo Square. Maisons Victoriennes, rescapées de la ruée vers l'or, penchées et serrées les unes contre les autres, ennuyées par tous ces photographes en short qui les importunent et qui ne veulent en souvenir d'elles qu'une image pareille aux millions d'autres sans âme et sans histoire. Le voyageur  se conduit rarement en visiteur poli. Il promène avec lui un touriste boulimique qui voit mais ne regarde pas, emporte mais ne retient rien. San Francisco s'étire dans la brume et se laisse deviner par petites touches, petites taches. Alors ils partent se disant qu'ici ils commenceraient bien une nouvelle vie. Non, ils s'offriraient une amnésie à partir de laquelle ils s'inventeraient d'autres noms (ceux qu'ils se seraient choisis à leur naissance s'ils n'avaient pas été ce qu'ils étaient alors, des êtres  inconscients). Pour eux le brouillard serait l'enveloppe d'un présent tout neuf et d'une virginité que seule leur mémoire saurait ternir de temps à autre. La ville trempée de lumière et d'eau regarde l'ouest comme certaines en France, Nantes, Bordeaux, La Rochelle, tournées vers l'Atlantique et le soleil couchant. Jouer avec des repères qui rassurent et s'offrir l'aventure d'une terre inconnue serait, ils en sont convaincus, leur Eldorado. A suivre...

Catel


Posté par CATEL à 19:38 - Inspirations - Commentaires [3] - Permalien [#]

11 mai 2008

Rêve de San Francisco

Jeff Buckley - Hallelujah

Loin, partis dans les serres de l'airbus ils avaient rompu la chaîne qui les clouait au sol de France. Depuis l'atterrissage à San Francisco ils faisaient connaissance avec la ville, arpentant les quartiers du Guide Bleu, le seul suffisamment précis pour éviter l'errance des zones désertes et dangereuses. Ils se tenaient la main, se pinçaient mutuellement les doigts pour faire comme dans les histoires où l'on peine à croire ce qui arrive....Ils parcouraient l'envers des cartes postales que d'autres leur avaient envoyées et traçaient hardiment leurs propres commentaires. Enfin, ils y étaient aussi. Alléluhia! Les "cable cars" trottinaient à l'assaut des collines où les rues surmontent la déclivité, celle qui vous glisse et vous dépose auprès du Pacifique. Se laissant porter par le flux des vapeurs huilées du gas-oil des quais et par celui de la mer qui le recouvre ils atteignaient le Golden Gate bridge, impressionnés comme tout visiteur par ces mâts altiers érigés par dessus les vagues. Comme ceux d'un bateau auquel devaient rêver sûrement les prisonniers d'Alcatraz, esseulée juste en face. L'île est en soi une prison, de celle là on ne s'échappait pas. A suivre.....

Catel


Posté par CATEL à 16:27 - Inspirations - Commentaires [1] - Permalien [#]

10 mai 2008

Deux jours à tuer

A la fin de ce film (dont on ne doit pas dévoiler l'épilogue) une chanson balaye le spectateur dubitatif. La voix de Serge Reggiani, dans le noir d'une salle ordinaire et autour d'un générique qui défile comme la vie dont elle parle, nous cloue d'émotion sur un siège qu'on tarde à quitter...Les paroles sont simples comme souvent le sont les pensées profondes mais plus que le texte lui-même, nous saluons la subtilité du choix qui a voulu poser ces mots sur des acteurs habités et en osmose parfaite avec l'amertume de cette fin tragique. Malgré une deuxième moitié de film un peu longue et languissante, aucune fausse note dans ce drame qui s'adresse plus au coeur qu'à l'intelligence....

Catel

Le temps qui reste

Paroles: Jean-Lou Dabadie. Musique: Alain Goraguer   2002  ""Autour de Serge Reggiani""

Combien de temps...                                                                                           deuxjoursatuer
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?

Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...

J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?


Posté par CATEL à 16:38 - En mon humble avis - Commentaires [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »