26 avril 2008
Juliette
"Mon âme à ton coeur s'est donnée... "
Victor Hugo
Peut-on porter autant de beauté et d'élégance ? Juliette Drouet, l'aimée de Victor Hugo a su montrer
un amour infaillible pour l'infidèle. De surcroît la finesse de ses traits se retrouve dans ceux de ses pensées par les vingt mille lettres écrites au Grand Homme; Elle a sa part de talent mais pas celle de postérité; Du moins doit-elle se consoler quand d'un ailleurs incertain son regard retient les derniers mots du Maître, pour elle :
"Quand je ne serai plus qu'une cendre glacée,
Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,
Dis toi, si dans mon cœur, ma mémoire est fixée,
Le monde a sa pensée. Moi j'avais son amour".
Une épitaphe que l'écrivain s'était réservée, pensant disparaître avant Juliette....Quel plus joli cadeau posthume que celui d'abandonner à l'aimée la sentence si restrictive, définitive et lapidaire dédiée à sa propre histoire et sensée la résumer ? Preuve d'une union indissoluble , d'une fusion romantique et confondante bien éloignée de notre modernité. Et pourtant....
Catel
24 avril 2008
naissance
Le mystère s’est incarné. Aurore est arrivée à l’heure du soir foudroyant, quand le soleil horizontal en barre parallèle à la ligne d’horizon, allonge les ombres. Faisant de sa future vie un défi à contrarier l’opposition de son nom et de son heure de naissance, elle passe de la nacelle volantée à celle des bras amis qui veulent la bercer. Les yeux clos sur son avenir, agitée lentement par les frémissements de la vie, paupières si ténues en marge de cils longs comme ceux d’une dame, elle s’offre ingénument sans même jouir du spectacle de la pose. Innocence incantatoire protégée, ose-t-on le croire, par sa fragile apparence.
Elle détient les espoirs de la communauté humaine, chacun s’interrogeant : saura-t-elle faire mieux que nous ? Éviter, non les drames de l’existence mais leur mauvaise gestion, impossible intégration, inutile dégradation…. Et si le dépassement des limites, la perfectibilité se transmettaient générationnellement au lieu de rester un combat personnel, une conquête individuelle que chaque nouveau-né reprend à son compte…..Un rêve d’Icare, un Sisyphe suspendu à la crête des sommets, une utopie sans espoir de retour. Un début irradié de lumière qui éclaire et met en relief les crevasses et précipices, chausse-trappes, gouffres, toute vacuité anéantissante desquelles il faudra triompher pour ne pas mourir prématurément.
Petite fille faite grâce, tu es si jolie, bouton de fleur, en toi la joie infinie d’être pour deviner la vie.
Catel
21 avril 2008
Pulitzer 2007
Dans la catégorie "Romans" le prestigieux prix américain Pulitzer a été décerné en 2007 à Cormac McCarthy. Ce roman est aujourd'hui disponible dans sa remarquable traduction française.
La route n'a pas de nom comme le temps est indéterminé. Les protagonistes sont "l'homme" et "le petit" et le paysage est enfoui dans des limbes de neige, de pluie et de cendre. Dans un voyage tout autant initiatique que post apocalyptique il nous revient à l'esprit le premier roman de Barjavel "Ravage" où la thématique des violences humaines est là aussi ensevelie sous un monde dont il ne reste que calcination et horreur.
Le style est épuré et malgré de volontaires et nombreuses répétitions de style et de vocabulaire on persévère dans la lecture de cette prose hypnotique. C'est tout l'art du véritable écrivain, de nous emporter là où lui veut, à notre volonté défendante. Et malgré ces images insupportables de peur et de désolation on accompagne le père et le fils au fil de cette épuisante fuite; on observe cet homme transmettre l'essentiel à son enfant avant de lui-même s'en aller là où le silence n'est plus l'écho d'une terreur paralysante. Du nord vers le sud nous cheminons, visitant au passage ce que l'homme a de pire quand il est en danger et de meilleur quand il oublie d'y penser......
Catel
20 avril 2008
Des pétales comme des vagues à fleur de peau sur les voiles satinés s'élancent dans les bras des ceuilleuses.
Charmes au poignet, fragrances éthérées sur les pans de tissu, lances brulées de soleil dru, bain nervuré et ondulant...
Une pose telle une image éphémère, inscrite au patrimoine des beautés du monde et qu'on a capturé en conjuration aux instants de pleurs.
Catel
19 avril 2008
Mur mur
Le point de départ de mon intérêt pour la chose vient de l’observation persistante des édifices anciens, pour la plupart témoins de l’art roman. Une prédilection, un délice que d’emplir son regard des nuances rocailleuses venues des vieilles pierres. Au jointement des cailloux en superposition, apparaît l’évidence que le Tout vient du multiple. Quel chemin pour cette petite pierre, à l’origine informe et anguleuse métamorphosée par la main de l’homme en un cube poli et placée là, harmonieuse parmi ses semblables et apparemment identiques. L’une sur et à côté de l’autre, tranquilles et stables, à force de persévérance élaborent ce qu’il est coutume d’appeler un mur. Une construction en tout cas qui vise et qu'elle que soit sa hauteur, à séparer un espace d’un autre. Le mur peut être plein mais le plus souvent il laisse une ouverture pour la porte ou la fenêtre. Sa fonction traditionnelle après avoir délimité un territoire est de le protéger, c’est pourquoi il se conjugue rarement au singulier, il en faut au moins trois pour former les bases d’un abri et quatre constituent l’assise idéale d’un bâtiment fermé dont la toiture couronnera l’achèvement. Nous voici donc face à toutes les combinaisons qu’offre l’art architectural, de la cabane au palais en passant par la chaumière ou la forteresse ; le mur dans sa juste multiplication constitue l’élément sans lequel notre existence ne serait qu’errance. Il nous faut un endroit à l’écart du monde pour poser l’intime de nos vies et enraciner nos expériences.
Coup de ciseau après coup de ciseau, la forme se peaufine et petit à petit la pierre s’apprête pour pénétrer l’ensemble. Et le mur s’élève, s’élargit, s’agrandit croissant autant que le nombre de pierres qui attendent. Mais à quelle fin ?
L’histoire de l’humanité prolifère en murs élevés pour séparer définitivement les hommes. Que l’on pense à la grande Muraille de Chine, gigantesque rempart visible depuis la lune ou à l’historique mur de Berlin ayant fait des émules jusqu’en Israël où un autre mur de la honte, pudiquement nommé de sécurité, sectionne toute velléité de retrouvailles et de fraternité, ces murs droits dans leurs bottes et au tracé rectiligne semblent courir sans fin jusqu’à la ligne d’horizon qui bien sûr se dérobe à elle-même. C’est qu’ils n’ont pas de but constructif ces murs, nous donnant la preuve que décidément, seul on ne peut rien. Même si pour certains une vocation lumineuse les rachète d’un commun destin de séparation et de fuite. Prenons l’exemple du mur de la Paix édifié à Paris et qui reproduit dans de nombreuses langues ce mot merveilleux, gage de respect et d’harmonie universelle. Hommage également à tous ces murs commémoratifs qui de par le globe terrestre soufflent aux vivants de ne pas oublier leurs morts. Autant de murs sur lesquels s’appuie notre funeste mémoire. Supports de vestiges sanguinaires et de tortionnaires déshumanisés, ces murs nous font la charitable grâce de porter à notre place la misère du monde.
Mais si les bases ne sont pas solides, les murs tombent, en proie aux secousses sismiques, aux tremblements telluriques et aux orages climatiques. Et chacune des pierres le composant revêt la même importance car il suffit qu’une seule d’entre elles se fragilise pour que tout l’édifice se fissure et se casse.
Le premier geste de l’homme après avoir fini d’explorer l’abri naturel que sont les cavernes fut de construire de ses mains sa propre maison. Parce qu’alors il se l’appropriait. Puis son autonomie grandissant et sa spiritualité naissant il dédia aux Dieux, des Panthéons, des Acropoles, des Pyramides jusqu’à bâtir au Moyen-âge de l’ère chrétienne des cathédrales touchant le ciel. Les murs du Temple furent alors les soutiens de la glorification à l’Être suprême. Ces cloisons enchâssant le Sacré, secret de l’intime, essence de la foi, fulgurance envers le divin sont sans doute les figures exaltées des murs délabrés qui hantent les temps modernes.
Mais ces murs, ceux de notre esprit où le mental tourne en rond, sont finalement voués à la disparition. Il n’en reste après leur intériorisation que le message. Je veux dire par là que les murs, plus le temps passe, s’effritent et s’amincissent, atteignent une transparence qui ne les nie pas mais les occulte.
Leur présence est en Soi et permet de connaître les parfaites limites entre le dehors et le dedans. Sans doute est-ce le fruit d’un parcours tout entier que de pouvoir se dire tel le Dalaï Lama :
« Nul besoin de temples, nul besoin de philosophies compliquées. Notre cerveau et notre cœur sont nos temples. » Et dont notre intelligence est le mur de soutènement......
Catel
17 avril 2008
"C'est peu vivre que de ne faire qu'un personnage"
15 avril 2008
Séville
Au sortir de la semaine Sainte, du dimanche des rameaux à celui de Pâques, Séville l'Andalouse se prépare à fêter et vivre la " Feria de Abril". L'ancienne " foire aux bêtes" est devenue, au fil des générations, la fête incontournable des Sévillans qui marque le retour du printemps.
Deux semaines de repos séparent les fastes et la liesse, des célébrations religieuses, de la fête profane, colorée et trépidante. Quinze jours pour passer du sacré au profane au coeur de la ville où bat celui du Guadalquivir. On le traverse d'un pas alerte pour rejoindre de l'autre côté l'immense campement forain qui jouxte celui plus gigantesque encore des Casetas. Là, le peuple défile pour ses propres yeux, qui de son cheval, de sa calèche remonte inlassablement les allées pour voir et être vu.
De magnifiques amazones dominent leurs fiers alezans tandis qu'au sol d'innombrables andalouses rivalisent d'arguments pour faire valoir leurs parures et leur accoutrement. On évente le bruit de la foule, tellement prégnant qu'on le croirait vivant. On avance dignement quand s'improvise une sévillana dansée là où débordent les effluves musicales à l'entrée des maisons de toile. Car nul ne pénètre la Caseta sans y avoir été officiellement invité. Mais peu importe, les robes précieuses et les moins volantées se mêlent car la fête comme le printemps appartiennent à tout le monde.
La beauté éclate sous le soleil du jour et la brillance électrique du soir. Tout vole et les talons claquent, les têtes défient dignement un ennemi invisible alors que les mains si gracieuses caressent l'air, comme une peau de chat. La grâce du geste et de la danse est telle que chaque Sévillane incarne l'âme Andalouse, sans distinction sociale. Pour un peu on prendrait bien des cours en rentrant chez soi...Oubliant que déconnectées du pays de leurs origines, les majestueuses et altières Sevillanas, perdent tout leur éclat. Comme un bon vin, en quelque sorte, dont le cépage seul ne vaut plus grand chose extrait de son terroir et de sa lumière. Séville chante, Séville danse, le spectacle s'immisce au plus intime. C'est la semaine bénie des dieux, ceux de l'arène et du flamenco.
Catel
10 avril 2008
" La conscience est le meilleur livre du monde.
C'est celui que l'on doit consulter le plus souvent".

Pascal, Pensées
09 avril 2008
l'Homme, le singe, l'homme...
Une théorie, "le catastrophisme", largement inspirée des écrits bibliques, expliquait jusqu'au 19ème siècle que les espèces disparaissaient suite à des catastrophes naturelles. Le monde se découpait en tranches chronologiques et l'Homme bien en place au centre de l'univers observait les disparitions animales et l'extinction du vivant. Lui, sortit non de la cuisse de Jupiter mais de la volonté de Dieu, dans sa fixité originelle s'imaginait que la nature procréée sur le même modèle naissait et mourrait de l'intangible.
Puis Darwin, naturaliste de son état invente la théorie de l'évolution des espèces. Sa vision donne une continuité à l'exitence sur terre et offre un développement se déployant sous l'axe de l'amélioration. Ce qu'il appelle l'évolution. Les césures hypothétiques du passé sont abolies et définitivement abandonnées quand Mendel corroborera les découvertes de Darwin. Le chercheur aux petits pois va tout simplement mettre en évidence les caractères héréditaires qui se transmettent de génération en génération : les fameuses lois de Mendel....C'est le père de la génétique moderne.
Ce fil qui relie l'humanité en constante métamorphose serait le mouvement propre à la vie physique comme l'est peut être la mémoire à notre intelligence.
L'homme descend du singe, simple raccourci qui ne règle pas l'existence de Dieu. Ce mystère reste entier et c'est peut-être à cause de lui qu'une résurgence inquiétante du créationnisme s'empare de nos civilisations saturées de bienfaits matériels et à la recherche d'une éventuelle ouverture spirituelle...?
Catel
07 avril 2008
Intemporelle
1975 et toujours magnifique ! "
Il voyage en solitaire
Il voyage en solitaire
Et nul ne l'oblige à se taire.
Il chante la terre.
Il chante la terre
Et c'est une vie sans mystère
Qui se passe de commentaires.
Pendant des journées entières,
Il chante la terre.
Mais il est seul.
Un jour,
L'amour
L'a quitté, s'en est allé
Faire un tour de l'autre côté
D'une ville où y'avait pas de place
Pour se garer.
Il reste le seul volontaire ........
Gérard Manset







